Notre père était mort, nous l'avions très peu connu.  La tristesse était entrée dans notre maison, notre mère ne s'en consola jamais. Elle prit le grand deuil, comme d'usage a cette époque, et ne le quitta plus jamais jusqu'à sa propre mort. Ma soeur Berthe disait toujours qu'elle n'avait connu sa mère qu'en deuil.

 

famille pidoux 1932

En 1932, année de la disparition de notre père, Berthe ma plus jeune soeur, fit sa communion. Nous étions en grand deuil, il n'y eut donc pas de fête. Mais nous étions très jeunes, et la vie devait continuer malgré le chagrin. Mes soeurs retournèrent à l'école et moi il me fallut travailler malgré mes 17 ans. J'allais donc chaque jour à la filature Vandesmet, le travail était dur et l'atmosphère quasiment irrespirable, car le filage du jute est très pénible, ne jouissant pas d'une solide constitution et d'une bonne santé, déjà je ressentis les effets néfastes de ces poussières de jute. Ma mère désirant me pourvoir d'un métier convenable, me fit apprendre l'electricité, car cela devait "révolutionner le monde futur" ! C'était évident et l'avenir lui donna raison. Mais moi, devenir "électricien" ne me tentait pas vraiment, j'ai préféré le "monde radiophonique" et tout en continuant mon travail a la filature, le soir dans ma chambre, j'étudiais dans les livres que j'achetai quand mes moyens me le permettaient. J'étais très fier quand mon premier "poste à galènes" se mit a ronronner et que j'entendis une voix dans mes écouteurs.

 

GALNE_~1

 

En 1935, j'eus 20 ans et en même temps vint le temps du service militaire, et malgré mon manque de carrure, je fus reçu et avec des amis du village nous voici "conscrits de la classe 35".

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service_militaire         

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Le service militaire durait 3 ans ,c'était long...

 

 

 

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Nous entendions déjà a la radio (mon passe temps favori) des nouvelles d'Allemagne qui ne rassuraient personne, la "grande guerre" le monde en sortait à peine, les blessures pas encore refermées, les deuils non achevés, le chagrin toujours présent...Malgré nos vingt ans, et notre amour de la vie, l'inquiètude s'installait, et les nouvelles jour après jour étaient de plus en plus alarmantes. Qui était cet Adolf Hitler qui avait pris le pouvoir en Allemagne et en voulait a toute l'Europe, il voulait la vengeance, il haranguait les foules, il savait les manipuler et elles le suivaient comme un seul homme. Nous n'étions pas préparés et l'horreur allait nous tomber dessus plus tôt que l'on se l'imaginait.

Pendant les permissions, on ne pensait qu'a s'amuser, chanter, aller au bal, courtiser les filles. Une me plaisait bien, elle s'appellait Raymonde David, et j'avais toujours eu l'espoir d'en faire un jour ma femme, mais trois ans c'est long et elle en épousa un autre qui la rendit malheureuse. Je voyais souvent une amie de mes soeurs Josette, je lui plaisais c'est certain, mais je ne me sentais pas proche d'elle, de plus elle était toujours jalouse et envieuse, elle me harcelait sans arret.

 

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Avec tous mes copains Wattenais, en 1938 nous fument libérés ...la quille enfin !

 

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Enfin je retrouvais ma chère maman et mes petites soeurs. Le travail aussi hélas ! mais bon, la liberté aussi...

La liberté, elle, fut de courte durée.

 

A suivre.